Au coeur du trail des Templiers... (1ère partie)

A mon entourage et à Alain, merci…
Sur la ligne de départ, l’émotion est intense, les favoris se succèdent au micro et le mot PLAISIR revient dans chaque phrase. (...) Ce mot est sur toutes les lèvres ! Ce plaisir de courir, celui que je ne connaissais plus jusqu’à mes débuts en trail. Se faire plaisir, en prendre plein les yeux et garder égoïstement en tête des décors magiques. La pression monte tout comme l’émotion. L’organisateur prend le micro et conte à ces 3000 impatients une légende (...) « La course est un jour, dans le passé, née au Tchad. Nous ne pouvons nous empêcher d’avoir une pensée pour ces gens et enfants qui vivent ou survivent au Darfour et qui sont victimes du désarroi et de la folie des hommes. » Très sincèrement, tout cela me donne les larmes aux yeux. Moi, amateur de musique reggae et sensible au sort de ce continent africain qui connaît les plus grands champions de course à pied. (...) Mais la musique retentit et le départ est donné sous les fumigènes rouges, c’est superbe ! Mon objectif me revient alors à l’esprit : être finisher, connaître cette sensation de terminer cette course de renom, le plus beau trail d’Europe où les meilleurs spécialistes français et européens sont présents. Mon objectif secret me vient également à l’esprit mais mon erreur aura été de le fixer en fonction d’un trail fait quelques mois plus tôt dans ma région. Trail n’ayant absolument rien à voir avec le vrai monde du trail, celui que je viens de découvrir ici dans l’Aveyron, la Mecque du trail.
Le départ est splendide. Une route serpentant fait naître dans la nuit 3000 lampes frontales qui forment un long S lumineux. (...) Premier objectif, rejoindre Sauclières, premier ravitaillement où ma copine et sa maman m’attendent déjà. Celles-ci sont en route depuis 4h30 ce matin et une terrible course les attend aussi : arriver à temps aux différents lieux de ravitaillements. On traverse les tunnels d’une ancienne voie ferrée, c’est très beau malgré la nuit qui est encore bien présente. Le brouillard trouble encore les éclairages de nos lampes mais je sais qu’il va s’en aller progressivement pour nous offrir (...) une superbe journée. Je mets 1h30 pour rejoindre le premier ravitaillement qui s’opère très rapidement. (...) Je suis parti très prudemment afin de ne pas réitérer mon erreur (...) à l’occasion du trail de la Caracole. Je suis bien et je repars dans un excellent état d’esprit avec comme nouvel objectif, rejoindre le second ravitaillement fixé dans plus de 20km !
Cette liaison est dangereuse pour la suite de la course et je gère vraiment mes efforts. Au total ce sont plus de 1000 mètres de dénivelé positif qui sont avalés sur cette simple étape et presque autant en dénivelé négatif. (...) Le soleil est bien au rendez-vous et nous offre des décors et des couleurs fabuleuses. C’est un vrai bonheur et quel … plaisir ! Enfin j’y suis, l’extase du coureur de trail, l’envie de courir, d’être présent dans ces paysages sauvages et de vivre cela seul. Seul avec le spectacle qui m’est offert, seul avec les autres et seul avec moi-même… Dans ces moments là, on oublie tout, les ennuis de la vie, cette société de consommation dans laquelle on file à 200 km/h. On ne pense qu’à l’essentiel de sa vie, les choses et les personnes qui nous sont chères, les choses dont on rêve et qu’il faudra un jour vivre. (...)
Le village de Cantobre
Lorsque le tracé le permet, je pense à ma famille, ceux qui me sont proches et qui me soutiennent et me supportent dans mes nouveaux défis. A l’image de ma compagne qui doit également vivre l’évènement à 100 %. Malheureusement pour elle, elle n’a pas le choix, je vis avec cela depuis plus de deux mois. Je pense également à des amis perdus, comme Sébastian, un compagnon d’entraînement. Comme Julien avec qui j’ai fait toutes mes classes et qui un jour, alors que je m’entraînais en Suisse, nous a quitté. Une de mes pensées rejoint également Marc, un coureur Français que j’ai trop peu connu à Zinal emporté lui aussi bien trop tôt. Mon grand-père me vient également à l’esprit, lui aurait été très fier de cela. C’est à ce moment que l’on prend conscience que l’on se doit de profiter un maximum de ce qui nous est offert au jour le jour. Chaque instant de liberté est bonheur… Ici, je suis entièrement libre de tout, quel bonheur ! Mais il faut que je me concentre à nouveau sur ma course, Dourbies approche. Mais avant cela une terrible descente traumatise tous les organismes. Ensuite c’est le moral qui en prend un coup avec un solide mur à grimper. Heureusement, Dourbies est en contrebas et là, un nouveau réconfort psychologique m’attend. Cela fait plus de 4 heures que je suis parti. Le changement de bidons se fait rapidement, quelques encouragements de Fred et sa maman et je « file » pour l’objectif suivant : Trêves, au kilomètre 44. (...)