Au coeur du trail des templiers... (fin)
Pas le temps d’avoir de nouvelles pensées, j’attaque directement la montée de la crête du Suquet, 470 mètres de dénivelé positif, j’y vais calmement et je gère mon ascension sachant très bien que la descente (...) me sera favorable. Au sommet je suis très bien physiquement et me laisse alors descendre vers Trêves sans mettre le frein. (...) En bas, nouveau réconfort psychologique, j’ai encore gagné des places. Plus qu’un ravitaillement et ensuite ce sera l’arrivée. Mais je n’y suis pas encore. Il reste 22 kilomètres... les plus difficiles du parcours !

Changement de bidons (...) et je repars pour l’ascension vers La Roquarie. (...) Sans prétention, je me sens très bien et je reprends beaucoup de trailers. Mais je ne saurai que plus tard que c’était bien trop tôt… Je suis seulement dans ma course mais la descente - 400 mètres de dénivelé négatif - vers le dernier point de ravitaillement commence à peser dans les jambes. (...) La descente est traumatisante mais au ravitaillement où je retrouve pour la dernière fois mes deux accompagnatrices, je suis encore bien. Les derniers encouragements remontent le moral. (...) Le temps peut encore être très bon même si mon objectif secret ne sera jamais atteint. Mais c’est sans compter sur la difficulté de cette fin de parcours… Fred et sa maman me quittent pour la dernière fois. Notre prochain rendez-vous se fera sur la ligne d’arrivée s’il n’y a pas de casse. A ce moment, dans ma tête, je les remercie déjà de m’avoir accompagné durant cette journée entière.
Mon chemin reprend pour les 12 derniers kilomètres. Ah! Ces derniers kilomètres, quelle galère… Près de 500 mètres de dénivelé positif à réaliser, les plus difficiles. Comme prévu, le corps commence sérieusement à en avoir assez et c’est à ce moment que je remarque que mon manque de sérieux dans mes séances d’entraînement me joue des tours. Ces kilomètres seront vraiment compliqués et je procède alors à la technique d’Alain, mon père spirituel. Ce n’est plus vers l’arrivée que j’avance mais d’un arbre à un autre, pas à pas. J’alterne marche et course car cela devient vraiment difficile de courir en continu. Je pense alors à lui et Marie-Anne, j’espère qu’eux aussi rejoindront l’arrivée. Je sais que pour Alain, coach, cela ne posera pas de problèmes mais Marie-Anne en est à sa première expérience sur une distance si longue. Elle doit avoir difficile, comme nous tous ! Dans cette dernière partie, nous sommes tous sur le même pied d’égalité, les corps commencent à repousser leurs limites et les douleurs sont de plus en plus présentes. Les kilomètres deviennent longs et je parviens enfin et péniblement à ce fameux Roc Nantais. De nombreux concurrents m’ont dépassé mais ce n’est plus la question, je veux arriver au bout sans dégâts. En passant devant ce fameux rocher, une superbe vue sur Nant s’offre à tous. Cette vue me réconforte dans l’énorme difficulté qu’est la descente de ce rocher. L’équivalent à près de trois citadelles de Namur à descendre…à pic ! Une descente dangereuse où tout le monde fait attention afin de terminer ce défi. La caillasse est omniprésente, les jambes sont raides et ne se plient plus… C’est très difficile ! Cependant la joie et les pensées positives me reviennent à l’esprit. Je vais y arriver. L’arrivée est là, à moins de 5 minutes. Après 9 heures de course cela paraît peu et tellement à la fois. La ligne semble au bout du monde alors que l’on vient de parcourir près de 67 kilomètres. Enfin, j’arrive en bas de cette « chute libre », le public est alors présent en masse et les applaudissements ne cessent de donner de nouvelles jambes, cela fait plaisir, cela fait sourire et de simples remerciements de la main font augmenter le niveau de leurs applaudissements. Un donné pour un rendu… Je suis heureux, j’y suis, enfin !
La dernière petite côte est avalée sans la moindre douleur tellement les encouragements des gens sont sincères et vont droit au cœur de tous trailers. Le sourire me vient et j’aperçois alors ma compagne et sa maman qui sont enfin contentes de me voir arriver. Un sourire les accompagne même. Fred a l’air heureuse de ce que je viens d’accomplir, elle se rend compte que c’est en partie pour elle. Elle qui me pousse à m’entraîner quotidiennement car je ne suis pas un dingue de l’entraînement. Malgré tout cela, je ne prends pas le temps d’embrasser Fred car l’envie de faire moins de 9h15 me vient à l’esprit. Mais je pense à elles, elles qui ont eu la difficile tâche de me suivre durant cette longue journée. Lorsque je passe la ligne d’arrivée, je suis heureux, le sourire aux lèvres et je pense successivement à mon défi réussi, à ceux qui m’ont aidé, encouragé et enfin à Alain et Marie-Anne qui sont encore en train de profiter de ce spectacle qui leur est offert… Je suis heureux mais un soupçon de déception me vient à l’esprit. En effet, près de deux heures pour les 12 derniers kilomètres. C’est difficile à avaler mais je suis jeune et dans ce genre de compétition, il faut « de la bouteille » pour bien réussir. J’en vivrai d’autres, c’est certain.
Près de quatre longues heures après mon arrivée, alors que la nuit a refait son apparition, je vis l’arrivée de mon coach et Marie-Anne. Je suis heureux pour elle d’abord, qui comme moi vivait sa première expérience sur une si longue distance. Elle est fatiguée mais on sent en elle, une satisfaction personnelle et un bonheur bien présent. Je suis également heureux pour Alain, douteux de ses capacités après une dure semaine de travail. On s’embrasse, on se congratule. Que du bonheur partagé autour d’un défi sportif. Plus tard il me confiera ce qu’il a vécu, pas la peine d’en dire plus, ses sentiments sont identiques aux miens. Eux auront, en plus, vécu le coucher du soleil sur le Roc Nantais. Des images qui leur resteront égoïstement dans la tête, ils n’en diront pas plus…
Je repartirai avec Alain pour d’autres exploits d’une autre envergure durant lesquels j’espère être à nouveau à la hauteur de ses espérances. Je profite d’ailleurs de ce texte pour m’excuser de mon manque d’assiduité et mon manque de sérieux à l’entraînement. Avec un peu plus de rigueur, j’aurais sans doute réalisé un meilleur résultat mais qu’importe, nous sommes finishers de l’édition 2007 des Templiers.

Merci à toi Alain et à tous ceux qui m’ont aidé, encouragé et accompagné dans ce défi humain et sportif...
Alain et Marie-Anne