La diagonale de Jean-Marie Hansen... une aventure surhumaine ! -3-

Publié le par Mike

95,6km, 36h12’ de course (12h12’), 1223ème (La Nouvelle 1440m, 6613mD+)

-Nous traversons la mystérieuse plaine des Tamarins dont les troncs torturés nous escortent.

Nous progressons sur des rondins très casse-pattes.

103,8km, 39h31’ de course (15h31’), 1174ème(Sentier Scout 1830m, 7121mD+)

113,1km, 42h31’ de course (18h31’), 1142ème (Aurère 750/930m, 7466mD+)

-Arrivé à l’école d’Aurère, les discussions allaient bon train concernant un éventuel report d’heures concernant l’heure d’arrivée obligatoire à la base de vie de Deux Bras ; nous devions arriver pour 22h30, ce qui me semblait un délai raisonnable au vu de l’effort à fournir pour arriver jusque là. Malgré cela, je décide de ne pas traîner à repartir.

Je remplis mes gourdes d’eau et de boisson énergétique, je bois une soupe avec beaucoup de vermicelles pour les sucres lents, un thé chaud et 2 cocas coupés avec de l’eau.

Le coca a un effet stimulant principalement du à la présence de glucide mais est très acide, je le coupais donc avec de l’eau pour ne pas perturber le fonctionnement du tube digestif.

Je repars.

-Arrivée à la base de vie de Deux Bras


121,5km, 45h05’ de course (21h05’), 1129ème (255m, 7496mD+)

-Encore 28,5km de course et 2504m de D+ avec cette terrible montée du col de Dos d’Ane 869m de D+.


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Cette montée, dernier très gros morceau de cette diagonale s’annonce très éprouvante, je commence la deuxième nuit et la fatigue devient difficile à gérer ; j’ai déjà 02h00 de « boni » par rapport à mon UTMB de 2006.

Pas de chance, il n’y a plus de coca, il faut dire que plus le temps avance, plus le coca a du succès. Je bois deux gobelets de Dynamalt ; je ne sais plus rien avaler de solide, je suis dégoûté des barres énergétiques et gels en tout genre, …

-Je décide de d’abord me reposer un peu avant de récupérer mon deuxième sac d’allègement et de me « restaurer ». Par chance, il reste un « lit picots » de libre où je peux m’étendre, après avoir régler l’alarme de ma montre pour un repos de 50’.

La plupart des « lits picots » sont réservés pour les cas d’hypothermie grave, pour les déshydratations et pour les fractures. Je m’étends dans un certain brouhaha, … Je ferme les yeux, …

En ce qui concerne le repos, il fallait bien faire attention de ne pas en abuser, tout d’abord pour ne pas fleureter avec les barrières horaires, et ensuite pour être certain de redémarrer.

Le repos que j’allais prendre, allait t’il me servir, pour mieux avancer, ou me desservir car j’allais perdre trop de temps ?

Valait’ il mieux profiter des infrastructures pour se reposer ou continuer, et être bien obligé à un moment donné de s’arrêter et de s’emballer dans sa couverture de survie au beau milieu du parcours ?

-Finalement, je me réveille 50’ plus tard, avant la sonnerie de mon alarme.

Mes pulsations au repos sont assez élevées : 95 pulsations.

Je me lève et me dirige vers la cantine ; j’avale une cuillère à soupe de riz et un peu de lentille, je sais que je dois me forcer à manger ; le poulet grillé ne passe pas.

Je prépare mon sac, rempli mes gourdes (une gourde d’eau pure et une gourde de Wcup).

-Au moment de partir, je demande par où je dois aller et un bénévole me dit de lever les yeux…

Je lève les yeux et je perçois dans l’obscurité, l’immense cohorte de lumière serpenté le long du sentier dans la nuit tropicale.

Je repars pour cette deuxième nuit de course nocturne,…

-Départ de Deux Bras

121,5km, 46h39’ de course (22h39’), 1070ème (255m, 7496mD+)

-Après une heure d’ascension, le sentier se rétrécit à flanc de falaise ; je rencontre une échelle métallique, la pente devient forte et le sentier présente quelques passages vertigineux.

Dans les parties les plus escarpées, des mains courantes aident à la progression ainsi que des barrières métalliques.
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Je suis content de faire cette ascension de nuit pour ne pas avoir le vertige. On ne se rend pas compte du danger, mais il est bien présent,…

Je dois passer certains passages à « quatre pattes », tant je suis fatigué, tant je dois rester concentré et qu’il m’est de plus en plus difficile de garder mon équilibre.

Abnégation et concentration,…



Le chemin « mental » pendant cette course est au moins aussi difficile que le parcours.

-De temps en temps, je rencontre des raideurs couchés à même le sol ou le rocher emballés dans leur couverture de survie, peut-être auraient-ils mieux fait de profiter du « confort » que leur réservait Deux Bras, …

-Après trois bonnes heures d’ascension, j’arrive enfin rue de l’Eglise, un peu de macadam qui fait du bien.

-Aller, encore 2,5km et 134m de D+ pour arriver au stade de foot de Dos d’Ane.

-Beaucoup d’encouragements, de soutien moral, de coups de pouce qui donnent l’énergie suffisante pour continuer, pour repartir, … et je ne pouvais leur répondre que d’un très discret merci qui venait du fond du cœur.

Dans ce genre d’épreuve, le corps va puiser dans des ressources que l’on ne soupçonne même pas d’avoir : ressources physiques et mentales.

128,5km, 50h19’ de course (Dim. 02h19’), 1084ème (1064m, 8165mD+)

-Je décide pour la troisième fois de prendre un peu de repos, je cherche un « lit picots », mais ils sont tous occupés. J’ouvre ma couverture de survie et je m’enroule dedans à même le sol.

Une douce chaleur m’envahi, je m’endors pour la première fois.

Subitement, le froid me réveille, cela fait 01h10 que je me suis repose, j’ai très froid, je grelotte, je sais que je dois repartir tout de suite pour éviter l’hypothermie, j’avale deux soupes, deux thés chauds et je repars vers le kiosque d’Affouches

135,1km, Kiosque d’Affouches (1050m, 8956mD+)

-Accueil chaleureux à ce point de contrôle, comme aux autres biens sûrs.

En arrivant, dans un moment d’exaltation ou d’euphorie, je demande immédiatement si « Saint-Denis » est encore loin ; un bénévole s’approche, et me répond que non ; il me propose de me reposer un peu, et précise que je suis largement dans les temps.

Le jour se lève.

Je m’assieds sur un banc, j’ai une forte envie de manger quelque chose de salé.

Un cuistot est en train de cuire des saucisses au barbecue, j’en demande une, je la coupe en dix et je l’emballe dans 1,5cm d’une croûte de pain ; que c’est bon, mais il me faut bien 15’ pour avaler.

-Il est temps de repartir pour les 15 derniers km.

Pendant 3 km, je descends la Route Forestière en direction du Colorado.

143,1km, 57h20’ de course (09h20’), 1111ème (680m, 9200mD+)

-Dans un premier temps, je suis le chemin de crête pour ensuite bifurquer et plonger dans la forêt en direction de Saint-Denis.

A mi-distance, le terrain devient carrément chaotique, le soleil chauffe très fort, j’aspire voir le stade de La Redoute, je croise beaucoup de promeneurs qui ne cessent de m’appeler par mon prénom :

« Aller Jean-Marie, courage, bravo, vous êtes presque arrivé, félicitations,… »

Il est temps que cette course s’arrête.

En bas, tout en bas, c’est Saint-Denis. La fin de l’aventure. Le stade de la Redoute est à portée de chaussures,… Le stade est en vue. Un dernier demi-tour de piste pour la route et pour la postérité.

Les spectateurs montrent leur admiration.

Je ne sais comment y répondre,…


Dimanche 21/10 11h14', Saint-Denis stade de La Redoute 53 m

150 km, 59h14' de course, 9200 m D+, 1027ème


Je suis au bord des larmes, les frissons l'emportent sur ma raison, l'émotion me gagne, je pleure ...

Merci aux bénévoles chaleureux, le soleil frappe, mais qu'il est bon de sentir le vent du réconfort des hommes ...




     Epilogue

 

Le Grand-Raid de La Réunion (La Diagonale des Fous) est une course extrême, une course d’exception mais tellement magnifique et intense.

Le rapport social et humain dans la course est inégalable, il s’y dégage une harmonie, une symbiose entre les êtres et les éléments que seule cette épreuve peut nous apporter…


Merci,

HANSEN Jean-Marie dossard 205 finisher

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A
Chapeau pour l'effort accompli et aussi pour avoir pris le temps de nous le faire partager dans ce récit très complet.
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J
Très beau texte, on sent également toute cette ambiance, cet esprit spécifique au trail qu'il faut pouvoir avoir et garder. Toutes mes félicitations finisher... Pour moi le chemin diminue...Jérôme
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